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Le monde de Francesca
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19 décembre 2011

Interview de Barbara Bessat-Lelarge, éditrice de Castelmore

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J'ai rencontré Barbara Bessat-Lelarge, éditrice de Castelmore, avec qui j'ai discuté du label, du marché du young adult (romans pour jeunes adultes), de 2012... et de Vampire Academy ;)

Francesca : Bonjour Barbara, tu es l'éditrice de Castelmore qui fête ses 1 an et plus.

Barbara Bessat Lelarge : 14 mois!

Le bébé a bien grandi!

C'est ça, il marche à peu près. (rires)

Quel bilan tires-tu de cette première année d'existence?

J'en tire un très bon bilan parce qu'on a lancé un label en pleine période de crise et au bout d'un an d'existence, on est plutôt satisfait des ventes, on est content de l'accueil que le public fait à nos parutions. Un bilan très positif qui donne envie de faire encore mieux pour la suite.

Vampire Academy a été le fer de lance de ce label. Est-ce qu'il y a eu d'autres titres qui ont bien marché?

Vampire Academy est notre best seller, c'est évident. On a vendu 60 000 exemplaires sur la série jusqu'ici, il y a encore le tome 6 à venir en janvier. C'est notre figure de proue. Après ça, on a Monster High qui réussit très bien aussi. Les autres séries font des scores très honorables avec la série de Kelley Armstrong qui a bien fonctionné, en fantasy on a Cindy Williams China qui a bien marché aussi. Sur différents types de fantastique, on a de bonnes surprises.

Beaucoup d'auteurs de bit-lit qui paraissent chez Bragelonne et Milady écrivent également des séries jeunesse qui paraissent chez Castelmore. Est-ce pour toi une obligation de les publier?

Je ne suis obligée de rien. J'ai cette chance d'avoir une grande liberté dans mon travail. En même temps, pourquoi est-ce qu'on se priverait de publier de super auteurs qui ont plus que fait leurs preuves chez les adultes et qui s'en tirent très bien chez la jeunesse, ce serait bête de passer à côté. Que ce soit Richelle Mead, Kelley Armstrong ou plus récemment Kim Harrison, ce sont des séries auxquelles on croyait.

Et selon toi, pourquoi est-ce que des auteurs qui ont commencé par l'adulte se tournent vers la jeunesse?

Je pense qu'en termes de ventes, c'est quelque chose de très profitable déjà, parce qu'aujourd'hui, le young adult est un secteur extrêmement porteur. Et ça leur permet également de sortir de la niche et d'être présent sur d'autres rayons. Que ce soit sur le marché américain ou sur le marché français, les livres de bit-lit ne sont pas placés au même endroit que les livres jeunesse et c'est intéressant de s'adresser aux deux publics.

Beaucoup d'éditeurs lancent leur label jeunesse en France. Est-ce que tu penses qu'il y a de la place pour tout le monde et que la quantité ne va pas nuire à la qualité?

Sur le marché anglophone, là où on est pour l'instant essentiellement positionné chez Castelmore, on est toujours agréablement surpris par la qualité de tout ce qu'on lit. Il y a vraiment une très grosse production et les choix font que, par exemple, j'ai deux très bons romans mais je ne peux en acheter qu'un seul et je dois choisir lequel. Les titres qui ont un plus faible tirage tiennent quand même superbement la route. Je ne pense pas qu'il y aura un nivellement par le bas. Maintenant, la question qu'il faut effectivement se poser, c'est si les lecteurs auront le porte-monnaie qui va suivre. Je pense que le problème est plus là, avec la conjoncture et la crise. La hausse de la TVA ne va pas aider non plus.

Concernant l'achat de droits, est-ce que la bataille entre les différents éditeurs français est rude ?

La bataille est âpre en effet. Ce qui est rassurant, c'est qu'on se bat tous pour les mêmes titres donc au niveau qualité, on est sur de ne pas se planter. Maintenant, Castelmore, on est les petits nouveaux dans la cour de récré. Quand on va au créneau face aux CM2 que peuvent être Hachette, Pocket ou autres, c'est évident qu'on n'a pas la même trésorerie, on ne peut pas suivre autant, mais comme je te l'ai dit, ce qui est rassurant, c'est que c'est un marché tellement prolifique, il y a tellement de textes de qualité qu'on est rarement frustré. Ok, ce titre là s'en va, les prix s'envolent aux enchères mais il y a tellement de bonnes choses à côté que finalement, on a de quoi faire aussi. Le prix n'est pas forcément synonyme de qualité. Au final, on peut trouver des textes très bien moins chers. Je suis contente quand je vois des titres sortir chez d'autres parce que c'est aussi donner une bonne image du secteur young adulte parce que ce sont de super bouquins et tant mieux si les ados les découvrent parce que le but, c'est quand même de les faire lire.

Est-ce que le fait que comme dans la bit-lit, les romans jeunesse deviennent des séries en plusieurs tomes, ne va pas multiplier l'offre et noyer le lecteur?

Non je ne pense pas. Chez Castelmore, j'ai une série en 2 tomes en 2012, j'ai des trilogies, des tétralogies, Vampire Academy a 6 tomes, Strange Angels en a 5. C’est un choix d'auteurs que de déployer son histoire en tant de tomes, mais il n'y a pas de règles. Je ne pense pas qu'on va assister comme en bit-lit à des sagas en 10 tomes, je ne pense pas qu'on y soit encore en jeunesse. De toute façon, c'est difficilement envisageable parce que le lectorat en jeunesse grandit et on ne peut pas les garder 10 ans sur une même série parce qu'ils sont passés à autre chose.

Castelmore publie des romans dont le point commun est l'imaginaire. Il y a de la fantasy, de la bit-lit etc... Est-ce que tu comptes élargir tes publications?

Bien vu! En 2012, j'ai voulu élargir les publications et toucher un public masculin parce qu'il est vrai que jusqu'ici, on avait des romans qui étaient davantage susceptibles d'intéresser les filles, en dehors de la fantasy qui intéresse les deux publics. Du coup, on va publier de l'horreur.

En janvier, on a un premier titre d'horreur avec Traqueur de William Hussey où on a des démons qui sont assez gore, il y a des morts, il y a du sang. Les gars qui jouent aux jeux vidéo retrouveront des choses qui leur plaisent en termes d'écriture visuelle et d'éléments d'intrigue un peu flippants.

On a aussi l'arrivée des zombies sur le mois de février avec Apocalypse Zombie de Nathan Maberry :c'est assez flippant parce qu'il y a un zombie land autour de villages barricadés où grandissent les enfants qui n'ont jamais connu que ce monde là et en même temps il y a une histoire de famille avec la thématique du respect des morts. En général, les romans de zombies traitent d'autres choses que de zombies puisque le zombie est un élément du décor finalement.

Il y aura aussi du zombie romantique un peu plus tard dans l'année.

Tu dis que Castelmore est plutôt positionné sur le marché anglo-saxon. Est-ce qu'il y aura des auteurs français qui vont émerger?

En 2012, on aura au moins un auteur français. Peut-être deux si le 2ème projet avance assez vite.

(Castelmore a publié un article concernant ce roman français : il s'agit de Bordemarge d'Emmanuelle Nuncq, à paraitre en avril 2012, tous les détails ICI)

Chez beaucoup d'éditeurs, il y a beaucoup de traductions, que ce soit du marché anglo-saxon que de plus en plus du marché européen. Pourquoi y a-t-il aussi peu d'auteurs français à succès?

Je pense que les auteurs français n'ont pas encore totalement appréhendé les règles qu'il peut y avoir sur le young adult en termes de héros, de texte. Il y a quelques auteurs qui ont bien cerné ça mais ce n'est pas la majorité pour l'instant et que le secteur fait encore un peu peur. Les anglo-saxons ont posé leurs règles des héros ados qui vont chercher à grandir en s'affranchissant des contraintes des adultes alors qu'ils découvrent le monde extérieur. Il y a quelques codes bien établis que pour l'instant, les auteurs français ont du mal à s'approprier.

Il y a eu la tendance des vampires, des anges, et la dystopie bat son plein en ce moment. A ton avis, quelle sera la prochaine tendance?

Il n'y a pas une nouvelle tendance. Comme toujours en jeunesse, on réinvente les genres en permanence qui s'entremêlent joyeusement. Dans Monster High, c’est un joyeux mélange de plein de créatures différentes. Dans Strange Angels, on a du loup-garou et du vampire. Dans Vampire Academy, on a de la magie avec les vampires. La dystopie est un genre très vaste parce qu'il y a plein d’éléments surnaturels qui s'y mêlent. La prochaine vague n'est pas encore arrivée.

Castelmore est un label jeunesse mais il n'y a pas que les adolescents qui en lisent, mais aussi des adultes. Qu'est-ce qui les attire?

A mon sens, la littérature young adult est la littérature grand public. Quand on prend un livre avec des vampires, on n'a pas besoin d'avoir lu Dracula et d'avoir fait des études poussées sur le mythe du vampire pour comprendre cet univers. Quand un auteur créé son univers, il donne toutes les clés avec. Donc on peut passer d'une saga à une autre sans se préoccuper de savoir quelles sont les caractéristiques bien établies des vampires ou des loups-garous. Chacun fait ce qu'il veut, et ça dépasse les passionnés. N'importe qui peut prendre ces livres là et y trouver son compte, pourvu qu'on ait envie de passer un bon moment et qu'on ne cherche pas non plus quelque chose de très littéraire, de très abouti. On n'est pas dans ce secteur là, on est vraiment sur du divertissement et de la lecture plaisir.

Le contenu du roman est bien sur très important mais les couvertures chez Castelmore sont vraiment très travaillées, souvent avec des effets. Est-ce que vous apportez un soin particulier à leur élaboration? Est-ce un élément important?

Merci! C'est fondamental. La couverture, c'est ce qui fait qu'on prend le livre en main quand on est en librairie et qu'on le retourne pour lire l'histoire. Sur Internet, c'est sur l'image de couverture qu'on va flasher pour aller cliquer et voir le résumé éventuellement. C'est l'élément déclencheur, donc oui, c'est très important. On consacre beaucoup de temps pour être sur qu'on va attirer l’œil et faire que les gens aient envie de prendre le livre en main. Il faut que cela soit un bel objet, avec une belle couverture, et dès qu'on a la possibilité de faire des effets dessus, on y va.

Quel est le délai moyen entre votre décision de publier un roman et sa sortie officielle ?

Il faut compter 9 mois pour les livres les plus petits, jusqu'à un an pour des livres plus épais. C'est le délai qu'il faut pour à la fois acheter les droits, ensuite lancer le livre en traduction, quand il revient, il y a encore tout un travail à faire à l'éditorial de relecture, améliorer au maximum la langue française. Si les délais semblent longs, on ne laisse pas beaucoup de temps aux traducteurs, donc ils cravachent et ils n'ont pas nécessairement le temps pour lisser la langue autant qu'il le faudrait. Et puis quand on travaille depuis longtemps sur un texte, on n'a plus forcément le recul, donc c'est bien que quelqu'un d'autre à ce moment là prenne le relais pour retravailler la langue. On a plusieurs phases de correction ensuite purement grammaticale et autres. Ce sont des choses qui à chaque fois prennent pas mal de temps.

Tu nous as déjà parlé un peu de 2012, mais as-tu des coups de cœur que tu aimerais nous présenter?

Il y a ce roman de zombie romantique, Dearly Departed (titre en VO) de Lia Habel pour le 1er semestre 2012 qui va pas mal surprendre je pense. C'est dans une ambiance victorienne assez élégante et en même temps avec beaucoup d'action, des belles robes, de la romance, un mélange détonnant qui plaira à un public très large, aussi bien féminin que masculin.

On a également The Secret Journeys of Jack London (titre en VO) par Tim Lebbon et Christopher Golden. C'est une réécriture fantastique des romans de Jack London vraiment bien faite, les auteurs se sont vraiment fait plaisir à le faire. C'est de la littérature des grands espaces avec des créatures mythiques mises en scène, c'est fait de façon très intelligente et en même temps très vivante. Dans les grands espaces, confrontés à la nature, les bêtes sauvages, déjà qu'elles ne sont pas rassurantes, alors quand elles sont surnaturelles, c'est flippant!

Et on aura un très gros coup de cœur sur le 2ème semestre qui s'appelle Legend  (titre en VO) de Marie Lu. Il y aura un film. Je n'en dis pas plus.

Je l'ai lu en anglais et j'ai beaucoup aimé!

Vampire Academy se termine en janvier avec Sacrifice Ultime. Aux Etats-Unis, il y a un roman graphique qui est sorti, un guide de la saga qui va sortir et un spin off, Bloodlines, qui a déjà commencé. Est-ce que Castelmore les sortira en France?

Pour le roman graphique, on ne va pas le faire parce qu'on estime qu'à Castelmore, on fait des romans et on ne va pas se lancer dans autre chose. Le mettre sur Milady Graphics, je ne suis pas sure que les gens, mis à part ceux qui sont des grands fans de Richelle Mead, vont aller chercher en rayon BD le roman graphique qui correspond au roman. Est-ce qu'ils vont vouloir relire tout de suite une aventure qu'ils viennent juste de découvrir? Pour l'instant, on a préféré ne pas se lancer là dedans. On préfère continuer sur les romans et se concentrer dessus.

Pour ce qui est du guide, c'est un peu pareil. On se reposera peut-être la question plus tard quand la série sera vraiment installée. Je pense que la série va passer en fond, que les libraires vont la garder parce que c'est vraiment une histoire qui tient la route et qui ne va pas se démoder si vite que ça. On va garder un œil dessus mais ce n'est pas notre urgence non plus.

Pour ce qui est du spin-off Bloodlines, on est intéressé. On va voir ce que ça donne. Pour l'instant, on n'a pas acheté les droits, c'est en cours. Je ne peux rien dire de plus, il n'y a rien de conclu.

Dernière question : Comment vois-tu Castelmore dans 5 ans?

Dans 5 ans, ça c'est compliqué! On va dire que je rentre dans mon univers de fantasy personnelle. (rires) J'aimerais bien que Castelmore élargisse ses univers et pourquoi pas faire du roman réaliste s'il y a des romans qui nous paraissent suffisamment percutants pour transcender les gens, pourquoi pas. Pourquoi pas se lancer dans l'aventure du poche aussi. Tout ça ce sont des questionnements qu'on aura dans les 5 prochaines années je pense, et si tout va bien, plus de livres, plus de genres différents encore, et plus de boulot (rires)

Un grand merci Barbara et bonne continuation Castelmore ! :)

Toutes les sorties de Castelmore du début 2012 à voir ICI

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Commentaires
F
Merci! J'avoue que les auteurs français pour le moment ne réussissent pas à percer mais j'espère que si on voit qu'ils sont aussi bons que les anglo saxons, il y en aura plus!
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M
Merci pour les questions sur les auteurs français etc. réponses intéressantes !<br /> Je suis triste perso de voir que 98% de ce qu'on peut lire et anglophone, je pense que de bons auteurs français restent complètement inconnus et galèrent, alors qu'ils pourraient apportés de la diversité au paysage actuelle des grosses maisons d'éditions sur le YA, la bitlit ou autre.
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L
Très bonne interview ! On apprend plein de choses sur le marché et le secteur, très intéressant. :)
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M
Très bonne interview avec des questions pertinentes et intéressantes. <br /> J'ai hâte de voir ce que va donner leurs sorties "zombiesque". Et je note dans un coin de ma tête la petit phrase pour Legend.^^ <br /> Par compte les temps pour les parutions sont très long et je comprend pourquoi maintenant. <br /> C'est avec des interviews comme ça qu'on comprend que tout ne se fait pas en un jour.
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C
*clap clap*, excellente interview, et je suis complètement d'accord avec elle sur la lecture plaisir, c'est le genre de livre où on se prend pas la tête.
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