Viens plus près, Sara Gran

Présentation de l'éditeur
Amanda a tout pour être heureuse : un mari qu’elle aime, un métier – architecte – qui la comble. Une vie parfaite. En apparence. Jusqu’au jour où, dans un état second, elle se met peu à peu à réaliser ses désirs les plus fous, à donner libre cours à toutes ses pulsions. Est-elle « possédée » ? Cherche-t-elle inconsciemment une libération totale, absolue ? Jusqu’où ira cette descente aux enfers, qui peut parfois prendre des allures de paradis ?
Mon avis
Cela commence par un bruit persistant dans la maison « toc toc toc », cela continue par des rêves étranges de femmes aux lèvres pleines de sang et aux dents pointues, des apparitions furtives du coin de l'œil dans la maison et des pulsions meurtrières. Mais je ne vous dirai pas comment cela se termine.
Après le formidable Dope qui racontait dans un polar noir une plongée en enfer dans les bas-fonds du monde de la drogue, Sara Gran prouve son immense talent avec ce roman d'épouvante. Amanda est le témoin d'évènements curieux mais qui ne la perturbent pas tant que ça ou alors préfère fermer les yeux dessus. Lorsqu'elle se rend compte qu'une présence maléfique se met à la contrôler contre sa volonté, il est déjà trop tard.
Il est facile d'émouvoir, de faire rire ou pleurer, d'exciter ou même de dégoûter à travers un livre, mais de faire peur, l'expérience n'a jamais marché avec moi. Avec ce roman, Sara Gran a su amener une ambiance particulière et la tension monte de page en page, même avec des mots simples et une issue que l'on juge inéluctable. La narration se fait à la première personne, ce qui ne permet pas assez de recul par rapport à ce que vit Amanda. Même si le lecteur comprend que quelque chose ne tourne pas rond, Amanda ne s'en aperçoit pas et si des choses étranges se produisent, le lecteur poursuit sa lecture en se disant peu convaincu que ce n'est peut-être pas si grave. Certains évènements font ouvrir grand les yeux, et d'autres sont décrits tellement rapidement, en guise de détails entre deux réflexions d'Amanda, qu'on ne ferait presque pas attention à ce qui se passe.
Le roman est très court et pourtant, la lente plongée dans la possession d'Amanda est particulièrement réussie, avec une graduation de l'horreur et une violence réelle mais peu détaillée. Car ce n'est pas les détails sanglants qui sont le plus importants dans cette histoire, mais plutôt la psychologie d'Amanda et de ce démon qui s'infiltre peu à peu en elle et la dépossède de son propre corps petit à petit.
Ce roman ne m'a pas donné de cauchemars comme pourrait le faire pour un film d'horreur, mais pendant ma lecture, et c'est une anecdote véridique, une plante derrière moi a commencé à perdre quelques feuilles une par une et le bruit de la feuille sèche tombant sur la carrelage à intervalles réguliers m'a donné quelques frissons, « toc toc toc ».